Habiter les Nuages
Le nuage fait le lien entre le monde terrestre et le monde divin. Il représente l'infini, ou plutôt il le désigne. La cité céleste n'est jamais loin. Elle pourrait bien surgir derrière le prochain nuage
En survolant ce monde qui n'est déjà plus le nôtre, soudain on découvre sa matérialité sous l'aspect d'une mer gazeuse.
Dans cet océan de lait, souvent des fissures tracent des routes comme des balafres.
On prend conscience de l'atmosphère qui nous entoure, d'une profondeur insoupçonnée, de toutes les dimensions de l'espace
On respire à l'intérieur du ciel. Le regard ne s'arrête plus au cadre d'un hublot, mais il se prolonge au delà, dans une étendue sans limite connue.
Cette immensité qui s'étale devant soi comme un appel du sublime, à aller plus loin, à aller au delà, au plus profond de soi-même peut-être.
Les nuages nous donnent une idée du cosmos, une représentation à l'échelle de notre microcosme de cette matière gazeuse qui dans l'univers s'attire et s'agglutine, s'étale sur des millions, des milliards d'années-lumière et qui lorsqu'elle s'effondre sur elle-même produit les étoiles, dans ce grand barattage dont nous sommes tous issus, qui nous fait naitre.
Pourtant ils ne sont que cette impossible évanescence qui ne dure jamais, déjà ils se dispersent en archipel nébuleux.
Ne restera qu'un ruban de nuage qui sera soudain le support d'une apparition divine. Un dieu s'y posera.
Le nuage, c'est une matérialité toujours présente, invincible, qui ne se laisse jamais toucher, comme la pensée*.
Toujours un sourire se lève à l'est, ne pas l'oublier.
*Le nuage, ce serait la pensée, et la pluie, ce serait le langage, non pas l'un cause de l'autre, mais deux moments différents d'une même chose.
Avenir radieux
En attendant l'avenir radieux,
une humanité triste et farouche
trace des sillons pour tenir à distance
les esprits malins et éviter
qu'ils se jettent dans la Furie
et affligent le monde et toute cette humanité.
Ces hommes vont à travers les buissons épineux,
sur des rochers acérés et brûlants.
Ils ont la plante des pieds lacérée et rougie
mais la corne qui s'est formée
a fini par les protéger.
Ils ne connaissent plus la douleur.
Et jamais personne ne vient les sauver
du règne de la force,
jamais personne ne vient purifier
de son regard,
les lieux qu'ils habitent.
C.E.
Gros cœur pas assez de cœur
/image%2F1198939%2F20260612%2Fob_fe7442_numeriser-1.jpeg)
Photo Julie Eloy
Perdue sans toi
trop de monde pas assez de monde
tant de bruits en même temps
réveil pourtant
on tombe sur des choses nulles sans pareil
regardez avant de parler
la lumière vint un jour pour nous assembler.
Reviens
ça fait longtemps mais pourtant je pense encore à toi...
tu es là...à côté.
Ils se sont retrouvés à côté du château...
celui qui les avait cachés.
Ils sont revenus d'une vie pourtant honnêtement vécue
et qui avait changé la face du malheur
tous blessés par tout le mal qu'on leur avait fait.
Nous nous oublions et nous nous retrouverons
pourquoi pas !
Alors des messages pour changer de décor
nous parlent doucement
des murs à mettre le drapeau par terre .
Oh oh oh merci je t'embrasse
je te donne ces mots porte-bonheur
pour que l'on s'aime encore
je ne savais pas j'en sais tellement.
Tu vas vers quel âge pour de bon ?
À qui parles-tu en fait ?
À l'ouest de tout cela …
l'âge devient vraiment tendre
allô laTerre, ici moi c'est Paris
c'est nous et deux et un s'il le faut...
c'est trop la vie et le cœur avec...
et tes demandes tes démarches t'as trouvé ?
Le plus beau reste à venir...
Le son en cloche du printemps
fait de plusieurs matériaux
c'est joli...
l'arbuste comme un toit
de toute façon...
on en a dix on en a dix mille...
des souhaits dans le vent, dans le ventilo.
On met la main à l'âme sœur
qui nous envoie des messages
sur le prix de cette cloche...
la cloche de verre qui nous soutient du regard.
On se comprend grâce à ça.
Les petites vieilles fleurs,
fleurs séchées dans son vase...
retrouver l'harmonie de tout ça...
cadeau à voir, à regarder sans toucher
sinon on garde son bonnet clochette
pour nous voir.
Julie Eloy
Un monde flottant
/image%2F1198939%2F20260506%2Fob_9277a1_le-joueur-de-fifre.jpg)
Le joueur de fifre, 1866 - Édouard Manet
Pour Dominique
Donnez-moi les images d'un monde flottant
où les activités humaines seraient éphémères
quand les choses se transforment,
où nos destins gravés sur les murs s'effaceraient dans la nuit,
chaque aurore serait comme le recommencement du monde,
où toute son innocence se concentrerait en quelques secondes
dans un pur diamant,
où de nouveau, il y aurait la lumière du jour,
alors nous flotterons, oublieux du sol, comme un certain joueur de fifre
nous dirons tout ce que nous pouvons avec des fruits, des fleurs
et même des nuages,
nous serons des distraits de l'action,
dans ce monde en suspension, il n'y aura rien de plus puissant qu'une idée
lorsque son temps est venue et qu'elle triomphe de tout,
les formes n'auront plus besoin d'être exactes
pour nous convaincre qu'elles existent,
nous deviendrons la couleur,
dans ce même monde, le mépris, qui d'ordinaire, court les rues
dans toutes les directions, soudain s'arrêtera.
Alors s'ouvrira peut-être encore une fois
une décade prodigieuse,
où l'âme, en même temps qu'elle connaît, se connaît elle-même
où l'être dit oui et la négation est seconde.
L'art de la conversation
Raghurajpur, un village dans l'Orissa - Inde
J'aime ce lion gardien protecteur qui lève la patte
comme pour bénir cette aimable assemblée
et la perspective d'arbres qui pose sur celle-ci
une couverture d'ombre,
et le bloc de pierre délicatement ouvragé
qui leur sert de table de repas,
et aussi bien sûr la tension qui se devine,
chez chacun des enfants,
pour la discussion engagée.
Prose du Transsibérien
Prose du Transsibérien Blaise Cendrars.
En ce temps-là j'étais en mon adolescence
J'avais à peine 16 ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16 000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était alors si ardente et si folle
Que mon coeur, tour à tour, brûlait comme le temple d'Éphèse ou comme la place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.
Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare
Croustillé d'or
Avec les grandes amandes des cathédrales toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
En Sibérie tonnait le canon, c'était la guerre
La faim le froid la peste le choléra
Et les eaux limoneuses de l'Amour charriaient des millions de charognes
Dans toutes les gares je voyais partir tous les derniers trains
Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
Et les soldats qui s'en allaient auraient bien voulu rester...
Et aussi les marchands avaient encore assez d'argent
Pour aller tenter faire fortune.
Leur train partait tous les vendredis matin.
Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Les rythmes du train
La « moelle chemin-de-fer » des psychiatres américains
Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés
Mon Browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d'à côté
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature !
Je suis en route
J'ai toujours été en route
Le train fait un saut périlleux et retombe sur toutes ses roues
Le train palpite au coeur des horizons plombés
Oublie les inquiétudes
Toutes les gares lézardées obliques sur la route
Les fils télégraphiques auxquels elles pendent
Les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent
Le monde s'étire s'allonge et se retire comme un accordéon
Dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
S'enfuient
Et dans les trous,
Les roues vertigineuses, les bouches, les voix
Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont déchaînés
Ferrailles
Tout est un faux accord
Le « broun- roun -roun » des roues
Chocs
Rebondissements
Nous sommes un orage sous le crâne d'un sourd...
Le train avance et le soleil retarde
Les trains roulent en tourbillon sur les réseaux enchevêtrés
Bilboquets diaboliques
Il y a des trains qui ne se rencontrent jamais
D'autres se perdent en route
Les chefs de gare jouent aux échecs
Tric-trac
Billard
La voie ferrée est une nouvelle géométrie
Et je reconnais tous les trains au bruit qu'ils font
Les trains d'Europe sont à quatre temps tandis que ceux d'Asie sont à 5 ou 7 temps
D'autres vont en sourdine sont des berceuses
Je ne vais pas plus loin
C'est la dernière station.
(1912, parution novembre 1913)
Un esthète
À Pushkar, un singe esthète vient chaque jour à heure fixe contempler le coucher du soleil. Il s'installe sur le muret de la terrasse du haveli et se baigne dans l'éclat du crépuscule. Il reste là calme et tranquille et s'enivre de la beauté du monde. Voilà le moment qu'il guette pour enfin laisser son âme se reposer de la dureté du jour.
Peut-être n'est-il pas insensible non plus au faste des pétales de roses répandues sur le toit du temple en contrebas.
Photos & texte C.E
Regarder ce que l'on voit
Fresque du Bayon (fin du XIIème siècle) - Angkor Thom - Cambodge
Une bataille navale se déroule dans l'indifférence générale de la faune aquatique. Seuls, deux crocodiles, sur la gauche, semblent attendre dans une sorte d'impatience, qu'avec la chute des guerriers dans l'eau, le festin puisse commencer.
Ce qui est beau dans cette fresque : la vie aquatique comme la vie hors de l'eau sont représentées avec une même visibilité, une égale importance, (ce qu'on retrouve par exemple également dans la fresque du "barattage de la mer de lait" de la façade est d'Angkor Vat).
En bas, la tranquillité, la nonchalance des poissons qui vaquent à leurs occupations quotidiennes, en haut, la discorde des hommes, tout aussi habituelle, mais dans les deux dimensions, un même grouillement, une même effervescence dans un monde qui ne connaît pas le vide.
Et en position intermédiaire, la placidité des rameurs, peut-être des esclaves que le sort des armes laisse de marbre. Pour les représenter, uniquement des têtes et des rames. Très proches de la ligne de flottaison du bateau, seule une étroite bande, d'égale hauteur que leur propre tête les sépare des eaux, ils semblent moins appartenir au monde des hommes qu'au monde marin avec lequel il partage une égale indifférence pour les destinés humaines. Leurs visages tournés dans le sens opposé à l'action, ils sont comme à contre-courant de l'histoire en train de se faire, s'ils y participent, c'est contre leur gré.
Pour autant, les rameurs me semble dans une position de grande fragilité, contrairement aux poissons que l'élément aqueux protègent assurément, eux, ne sont pas à l'abri de la méchanceté des hommes. Ils sont sans défense pour les ennemis de leurs maîtres qui pourraient soudain être mal intentionnés à leur égard. Avec ces têtes qui émergent juste de la barque, ils sont offerts comme des victimes potentiels... Le pire peut être envisagé.
Oui, je l'avoue, j'ai peur pour ces rameurs.
C. E.
Sous l'égide d'Athéna
/image%2F1198939%2F20250415%2Fob_4b944d_20250415-102338-edit.jpg)
Périclès, Oraison funèbre aux guerriers athéniens morts durant la guerre du Péloponèse, rapportée par l'historien Thucydide (Vème siècle av. JC :
« C'est par nous-mêmes que nous décidons des affaires, que nous nous en faisons un compte exact. Pour nous, la parole n'est pas nuisible à l'action, ce qui l'est, c'est de ne pas se renseigner par la parole avant de se lancer dans l'action. Voici donc en quoi nous nous distinguons : nous savons à la fois apporter de l'audace et de la réflexion dans nos entreprises. Les autres, l'ignorance les rend hardis, la réflexion indécis. Or ceux-là doivent être jugés les plus valeureux qui, tout en connaissant exactement les difficultés et les agréments de la vie, ne se détournent pas des dangers ».
C'est un discours qui peut se placer sous l'égide de la déesse Athéna puisque :
« elle est celle qui inspire audace et sang-froid. Une forme nouvelle de bravoure guidée par la réflexion et la ruse, non par la fureur désordonnée, brutale et aveugle. Une déesse de la guerre, certes, mais qui se présente comme l'opposé de son frère Arès, dieu de la guerre mais du carnage et du sang. Pour Athéna, l'intelligence est mise au service de la guerre afin de parvenir ou rétablir la paix et non à l'extermination de l'ennemi ».
/image%2F1198939%2F20200709%2Fob_84c9d3_gauguin.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_df4cbe_20250217-160709-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_dc3d3d_20250217-160717-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_a49cec_20250217-162225-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_96f6cd_20250217-162237-edit.jpeg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_fdaf5a_20250217-162309-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_386ea0_20250217-162320-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_ca7227_20250324-090836-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_eb0f4f_20250324-091304-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_ab8237_20250324-091318-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_6875ac_20250324-091428-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_938cf2_20250324-091455-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260806%2Fob_e4f521_20250324-092044-edit-edit-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260714%2Fob_049102_p5020495-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260629%2Fob_2fe712_20260629-083853-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260607%2Fob_bea046_p8011678-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260603%2Fob_3c2b93_img-20260309-wa0000-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260531%2Fob_d9016b_p4292206.jpeg)
/image%2F1198939%2F20260504%2Fob_91488c_p3060214-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260428%2Fob_dea9fc_numeriser-1-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20260428%2Fob_ce4999_numeriser-2-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20251020%2Fob_34fd58_img-20250707-wa0000-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20251020%2Fob_5b9bf0_img-20250707-wa0001-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20251020%2Fob_d45218_img-20250707-wa0004-edit.jpg)
/image%2F1198939%2F20251010%2Fob_06838d_20230401-185647-edit-2.jpg)
/image%2F1198939%2F20251010%2Fob_022aed_20230402-182633-edit.jpeg)
/image%2F1198939%2F20250520%2Fob_e69387_20190903-173730-edit.jpeg)
/image%2F1198939%2F20250504%2Fob_1ea4f5_20250320-145106.jpeg)